C'est officiel. Dans une lettre poignante publiée sur le site officiel de la franchise, Joel Bitonio a annoncé mettre un terme à sa carrière professionnelle. Après 12 saisons passées à protéger les quarterbacks de Cleveland et à ouvrir des brèches pour ses running backs, le légendaire garde gauche a estimé que le travail était fini.
Alors que l'équipe s'apprête à entamer son minicamp obligatoire dans un climat déjà lourd suite au départ de Myles Garrett, l'annonce de Bitonio résonne comme la fin définitive d'une époque. Mais ici, pas de place pour la colère envers le management : place au respect absolu pour l’un des joueurs les plus irréprochables de l'histoire moderne de notre franchise.
« À vrai dire, à mesure que le temps passait et que ma carrière avançait, il n'y a jamais eu un moment où j'ai pu m'imaginer avec un autre uniforme... J'ai commencé le travail ici, et à partir d'un certain point, j'ai su que je voulais finir le travail à Cleveland. Aujourd'hui, ce travail est accompli. » — Joel Bitonio
Le soldat des années sombres, le pilier de la renaissance
Drafté au deuxième tour en 2014 (35e choix global) en provenance de l'Université du Nevada, Joel Bitonio est arrivé à une époque où jouer pour les Cleveland Browns s'apparentait à un chemin de croix.
Il a tout connu. Les changements incessants de coachs, l'instabilité chronique au poste de quarterback, et surtout, le fond du gouffre : les saisons cauchemardesques à 1-15 puis l'infâme 0-16 en 2017. Là où d'autres auraient demandé leur ticket de sortie à la première occasion pour aller chercher des bagues ailleurs, Bitonio est resté. Mieux encore, il a incarné la culture de la résilience.
Aux côtés de Joe Thomas au début de sa carrière, il a appris ce que signifiait le mot professionnalisme. Et lorsque les Browns ont enfin retrouvé les playoffs en 2020 et en 2023, voir Bitonio exulter sur le terrain avait une saveur unique pour tous les supporters. Il avait gagné le droit de goûter à la victoire après avoir mangé son pain noir pendant des années.
Une régularité chirurgicale : Les chiffres d'une légende
Si les joueurs de ligne offensive sont souvent snobés par le grand public car leur travail ne se voit pas sur les feuilles de stats traditionnelles, l'impact de Joel Bitonio est gravé dans le marbre des distinctions individuelles. En 12 ans de carrière, il s'est imposé comme l'un des meilleurs gardes de sa génération :
Matchs joués / titularisés : 180 matchs (tous comme titulaire, playoffs inclus).
Sélections au Pro Bowl : 7 consécutives (de 2018 à 2024).
Sélections All-Pro (First-Team) : 2 (2021, 2022).
Sélections All-Pro (Second-Team) : 3 (2018, 2019, 2020).
Le mur de la saison 2025 : Pour sa toute dernière campagne, à 34 ans et malgré un corps meurtri qui l'a obligé à subir une chirurgie du coude, il a encore joué 1 080 snaps à gauche, ne concédant que 2 petits sacks et écopant d'une seule pénalité sur toute l'année (note de 75.7 en pass-block selon PFF).
Pourquoi cette retraite maintenant ?
La décision de Bitonio a mûri tout au long de la saison dernière. Face à des pépins physiques récurrents (notamment au dos et au coude), le vétéran savait pertinemment que 2025 serait son dernier tour de piste.
Courtisé par plusieurs prétendants au titre lors du dernier Combine, son agent ayant reçu de nombreuses marques d'intérêt, Bitonio a poliment mais fermement refusé de prêter l'oreille aux sirènes extérieures. Chasser une bague de Super Bowl sous un autre maillot n'avait aucun sens pour lui. Son rêve à lui était plus pur : commencer et finir sa carrière sous les mêmes couleurs, un exploit rare dans la NFL moderne.
Sa décision était d'ailleurs tellement actée en interne qu'Andrew Berry avait anticipé ce départ en signant trois joueurs de ligne intérieure dès le premier jour de la Free Agency en mars dernier.
Le Ring of Honor l'attend
Avec ce départ, combiné aux profonds remaniements de l'intersaison, la ligne offensive des Browns va se présenter à l'automne avec un visage totalement métamorphosé. Mais aujourd'hui, l'heure n'est pas encore aux projections tactiques.
Andrew Berry l'a parfaitement résumé dans son communiqué officiel : « Joel Bitonio a fixé les standards d'excellence sur le terrain, de professionnalisme et de loyauté... Nous attendons avec impatience le jour où il sera intronisé dans notre Ring of Honor. »
Merci pour les tranchées sécurisées, merci pour l'éthique de travail irréprochable, merci d'avoir rendu le maillot marron et orange fier pendant plus d'une décennie. Bonne retraite, numéro 75.
À vous la parole : quel est votre plus grand souvenir de Joel Bitonio ?
La perte d'un tel leader laisse un immense vide dans le vestiaire et dans nos cœurs de fans.
Quel moment fort, quelle action ou quelle facette de la carrière de Joel Bitonio garderez-vous en mémoire comme le symbole de son passage à Cleveland ?
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